Mais qui est donc Madame Michu ?

Mais qui est donc Madame Michu ? La grand’mère, l’utilisateur inexpérimenté, le critère absolu du concepteur d’une interface pour juger de l’expérience-utilisateur, l’ignare qui n’y connaît rien à rien et qui s’en fout, l’inconnu qui meta:ignore mais ne demande qu’à apprendre… Tout ça à la fois ?

Le fait est que « Madame Michu » est une expression employée pour désigner une personne abstraite, qui n’existe pas réellement. C’est une fiction, prise pour une réalité, c’est-à-dire une hypostase comme on en trouve de nombreuses en droit par exemple : le bon père de famille en droit civil français, l’homme du métier en droit des brevets (et ses cousins anglo-américains, les « persons having ordinary skills in the art »), etc.

Certes, c’est simplificateur. Mais les mots sont des simplificateurs nécessaires à l’articulation et la communication de la pensée. Comme beaucoup d’autres termes, l’objectif de Madame Michu n’est pas de rendre compte exactement d’une réalité. On sait bien que, en vrai, Madame Michu n’existe pas. Ce n’est pas à ce critère qu’on peut juger l’efficacité de l’expression, ni qu’on peut en déduire son contenu.

En tout cas, je n’utilise pas l’expression car la plupart du temps je la trouve inadaptée à communiquer ce que j’essaye de dire. Mais je suppose que si j’avais à la placer quelque part, Madame Michu pour moi est à l’autre bout de l’utilisateur-Turing, autrement dit comme disait Ted Nelson, c’est « just a user » !

Ça n’est pas dénigrant ou élitiste pour autant ! On est tous passé par là. L’utilisateur, c’est un itinéraire de progression qui va dans une direction, dans un rythme propre à chacun. C’est comme lorsque Benjamin Bayart nous parle de l’internaute qui débarque. L’internaute qui débarque, c’est Madame Michu ! Même si ça peut être un monsieur (le seul fait qu’on lui donne un genre est en soi une raison pour rejeter le terme à mon humble avis, il faut utiliser quelque chose de plus englobant).

En attendant, l’expression a certainement ses défauts. Mais ne faisons pas de procès d’intention forcément à ceux qui l’utilisent. La plupart du temps où j’ai entendu le terme, c’est lorsqu’on essaye de se donner du mal pour rendre quelque chose meilleur, pour communiquer autour d’un sujet important. Et le simple fait qu’on s’inquiète suffisamment de la personne de Madame Michu pour avoir eu besoin de la nommer est en soi un bon signe.

PS : c’est fou ce qu’on peut dire de plus construit lorsqu’on se détache cinq petites minutes du carcan à 140 signes qu’est Twitter.